Date : mardi 31 août
La nuit a été calme et reposante, malgré la chaleur à une altitude de 400m ! Pas besoin de duvet pour cette fois… Et le tarp est parfaitement sec ce matin.

Je retourne au snack pour le petit-dej : chocolat chaud, grand café, deux croissants, du muesli chocolat, du pain d’épices et de la pâte à tartiner.
Je décide de partir ensuite, non pas parce que je n’ai plus envie de manger, mais parce que je sais que je ne m’arrêterai pas avant d’avoir terminé mes provisions.
Vers 9h30, je repasse donc par le centre d’Arles-sur-Tech, puis rejoins le chemin après avoir traversé le Tech. Je croise plusieurs groupes de randonneurs, d’abord un couple de belges qui font le GR10 depuis 6 ans, puis un peu plus tard, un groupe de 4 retraités qui font le GR10 également… depuis 10 ans !
Je reste un moment à discuter avec ces derniers, qui me taquinent un peu sur ma vitesse. Mais je souhaite de pouvoir encore randonner à leur âge !



Vers 11h00, j’arrive au Col de Paracolls, où je m’arrête pour manger un morceau et photographier un beau lézard vert qui bronze au soleil.

Je reprends ensuite ma route et je croise un couple, qui me demande dans combien de temps est Paracolls, où se trouvent des ruines. Il se trouve que je n’en ai aucune idée.
Le couple s’engueule mutuellement, la femme disant sèchement à son mari de me laisser tranquille car je veux continuer à randonner (Le fait est que non, je fais ça depuis 30 jours alors cela me fait plaisir de faire des rencontres et discuter)
Elle semble vouloir faire demi tour, et lui semble ne pas vouloir rebrousser son chemin si près du but.
Je les laisse donc à leurs débats, pour ma part je ne fais pas demi-tour maintenant !
J’arrive à Montalba d’Amélie vers 13h, petit village où se trouve une fontaine bienvenue.

Ensuite, le chemin repasse en forêt, pendant que le temps se gâte. Le ciel est gris, et l’orage se fait entendre au loin.



Je reprends de l’altitude, et arrive vers 14h30 au Col Cerda.
Je fais une pause repas une petite heure, alors que la pluie tombe au loin.
L’orage semble se rapprocher. Alors que je marche, j’entends de gros bruits dans les fougères. Persuadé qu’il s’agit de chiens accompagnant un randonneur, je continue quelques mètres, puis me retrouve à quelques pas de deux jeunes sangliers, qui viennent de sortir des buissons et s’immobilisent, tout comme moi. Ils me regardent quelques secondes, puis poursuivent leur route, toujours aussi paniqués. Visiblement, les sangliers n’aiment pas l’orage !

Peu après 16h, j’arrive au Roc de France (ou Roc de Frausa), à la frontière avec l’Espagne.
Je poursuis sur ces petites crêtes à 1300-1500m d’altitude, puis descends petit à petit en forêt.
Après une source d’eau, je tombe sur quelques vaches et leurs veaux, qui me bloquent le chemin. Le veau est aussi mignon que les vaches semblent menaçantes, mais je passe tout de même tranquillement à quelques mètres.

Après une très grande partie de piste, pas passionnante, mais où j’avance vite, j’arrive avant 18h au Col de Lli.

Au Col de Lli, je suis censé trouver un chemin qui peut m’éviter de redescendre sur Las Illas, ce que m’avaient conseillé deux randonneurs il y a quelques jours.
J’essaye de trouver ce chemin, ce n’est pas flagrant, quelque chose ressemble vaguement à un sentier et part dans la forêt. Je le suis un moment, puis passe une clôture assez basse.
Un peu plus tard, je me retrouve nez-à-nez avec… des cerfs. Puis des bouquetins, et des biches. Je ne sais pas trop où je suis, mais j’y suis.


Réserve de chasse ? Espace de protection des animaux ? J’essaye de ne pas (trop) paniquer, lorsque je me retrouve face à une clôture de près de 2m de haut, avec des fils qui ressemblent à s’y méprendre à des fils électriques.
Je réfléchis à mes options, à cette heure tardive, déjà fatigué par le chemin sur piste. Faire demi-tour me rallongerait beaucoup. Passer la clôture ne m’assure pas forcément de trouver mieux de l’autre côté, où je peux voir forêt, ronces et fougères se mélanger. Ça n’a pas l’air très praticable.
J’étudie la carte et remarque que je ne suis pas très loin d’une route, si je passe la clôture je devrais pouvoir la rejoindre relativement facilement.
Reste le problème de l’électrocution, qui sera résolu après quelques acrobaties et deux bonnes décharges.

Après quelques passages de ronces, je débouche enfin sur la route.
Je retrouve peu de temps après l’itinéraire classique, sur piste, cela ne m’avait pas manqué. J’avance vite, probablement un peu trop vite car je sens mes pieds commencer à s’échauffer sur les côtés. La marche devient quelque peu douloureuse, mais je n’ai nul endroit où m’arrêter. Quelle journée!

Finalement, c’est à 21h que j’arrive au Coll del Priorat, dans la forêt.
Épuisé, je m’installe sur un délicat tapis de feuilles mortes pour un cowboy camping bien mérité après toutes ces émotions.
C’était sans compter sur cette journée qui a décidé de ne pas me laisser tranquille :
Tous les animaux de la jungle semblent s’être réunis ici ce soir.
Des bruits effrayants me donnent l’impression d’être dans un film d’horreur. Palme d’or pour le cri de cet animal qui ressemble étrangement à un bébé qui pleure et qui semble tourner autour de mon campement.
Il fait déjà nuit, vu l’heure tardive et les arbres qui cachent le peu de lumière restante.
Puis je commence à entendre des grognements, et des mouvements dans les buissons proches (il ne manque que les yeux rouges pour compléter le décor).
J’observe les alentours à la frontale au niveau maximum d’éclairage, mais bien entendu aucun animal n’ose se montrer.
Finalement pas de cowboy camping, je monte le tarp. Étant donné que le tarp est ouvert, la protection est plus psychologique qu’autre chose.
Au début les bruits sont inquiétants, et au bout d’un moment ils deviennent simplement agaçants. Je tente donc d’inverser les rôles, et je me mets à crier également pour faire peur aux animaux (ou à tout autre être vivant que ce soit). Je me dis qu’il aura fallu 31 jours en pleine nature pour que ma santé mentale commence à décliner.
Puis je réfléchis 2 minutes et je me dis que si quelqu’un d’autre bivouaque dans le coin et entend mes cris en pleine forêt, il risque d’avoir du mal à trouver le sommeil. Cela a l’avantage de me faire sourire.
Je décide donc de laisser les animaux tranquilles, ce n’est pas ça qui va m’empêcher de dormir vu la fatigue accumulée aujourd’hui !
Bilan de la journée : 37km

Ouah une bien longue étape jalonnée de péripéties, mais de jolis paysages toujours, un joli lézard, et ce cerf immense… j’ai cru à une statue au départ… et après l’électrocution évitée de justesse, il y a eu les cris de la nuit…pas besoin d’aller en Afrique pour se faire des frayeurs… que te réserve l’étape de demain… Merci Nicolas pour cette retranscription…on y était !!!
Je rigole comme un imbécile dans la rue en promenant Hook, en t’imagineant crier en pleine nuit dans la forêt pour effrayer toute trace de vie alentour
Que d’émotions, étape rigolade pour les lecteurs mais sûrement des sensations fortes pour toi . 👍👍👍😉