Date : samedi 28 août
Première bonne nouvelle de la journée : personne ne m’a évacué du barnum dans la nuit.
Je gagne du temps sur le rangement des affaires (pas de tarp humide à sécher et replier !) et me dirige vers le centre de Bolquère, où doit théoriquement se trouver une supérette.

La supérette n’est pas très grande mais bien fournie, j’y trouve tout mon bonheur.
A 9h le ravitaillement est terminé, il y a de tout : semoule, muesli chocolat, pain d’épices, petit pot de pâte à tartiner chocolat…
J’achète également un paquet de 360 grammes de gâches au chocolat, pour poursuivre dans les sucreries…
Je jette à la poubelle (jaune) tous les emballages en carton et case toute la nourriture tant bien que mal dans mon sac à dos. Le paquet de gâches ne rentre pas, je le garderai à la main jusqu’à ce que je trouve un café pour accompagner mon petit-dej.
J’étudie Google Maps, mais il n y a rien d’ouvert dans les environs de Bolquère. Un hôtel-restaurant est indiqué ouvert un peu plus loin sur mon passage.

Lorsque j’y arrive, celui-ci est bien évidemment fermé. Je tiens à mon café, alors j’appelle tout de même le gérant par téléphone, qui me confirme qu’il n’est pas ouvert, il fait actuellement les courses.
Je poursuis donc mon trajet, le long de la route départementale n°33, mon paquet de gâches (à peine) entamé.
J’arrive finalement vers 10h près du petit village d’Eyne, à environ 1600m d’altitude.
J’appelle un gîte pour leur demander s’ils font aussi café (on ne sait jamais) : non mais ils me disent qu’il y a bien un café plus bas dans le centre d’Eyne ! Me voilà rassuré.
Je trouve effectivement le café, qui fait partie de la Maison de la Vallée d’Eyne, centre d’information sur la vallée, et qui accueille également des expositions.
Je m’assois à une table au soleil, commande un chocolat chaud puis termine mes 360gr de gâches au chocolat.

Pendant ce temps là le téléphone recharge sur une prise à disposition à l’extérieur.
Ensuite vient le grand café, puis je visite la Maison de la Vallée d’Eyne, où se trouve une expo photo : paysages, animaux et fleurs de la région.
J’en profite également pour acheter quelques cartes postales, et je repars vers 11h30 (Autrement dit, le vrai début de ma journée de marche).
J’arrive rapidement sur un chemin agréable le long du torrent d’Eyne, au cœur de la Vallée du même nom.
Vers 13h30 je fais une pause lessive, baignade, lavage et repas.

J’en profite pour faire un rapide calcul/estimation du poids total de nourriture que je porte suite à ce ravitaillement :
Pain d’épices 350g
Muesli Country Crisp 500g
Pâte à tartiner 200g
Barres muesli 200g
Tablette chocolat 300g
Fromage Beaufort 700g
Saucisson 500g
Pain 200g
Semoule 500g
Purée 100g
Reste de muesli 200g
Reste de fromage 200g
Reste de saucisson 200g
Soit environ 4kg, pas de quoi manquer… bien que le prochain ravitaillement soit à 3 bonnes journées de marche.
Je repars peu avant 15h, pour commencer (enfin) la montée.

Je rencontre deux personnes qui font la HRP dans l’autre sens. Ils sont très sympas et nous restons quelques minutes à discuter.
Ils me conseillent de rester sur les crêtes plutôt que de suivre le « vrai » parcours de la HRP (ce qui va apporter quelques péripéties supplémentaires dans la suite de cette aventure). Ils me disent que cela n’est pas dangereux, mais que ça me permettra d’éviter de redescendre au niveau du Refuge d’Ulldeter, et que ce sera également plus joli.
Ils me conseillent également de prendre beaucoup d’eau : effectivement, il n y a aucune source d’eau sur les crêtes, c’est-à-dire pendant un long moment (jusqu’à demain midi, me disent-ils)
Je leur indique les ravitaillements, leur conseille le Gîte de Mounicou, et je les informe de la fermeture du Refuge des Bouillouses.
Comme on m’a toujours appris à suivre les conseils des inconnus rencontrés, c’est décidé, je passerai par les crêtes !
Peu après, je prends donc le maximum d’eau possible dans mes réserves (un peu moins de 3 litres) : le sac est donc lourd, très lourd, avec probablement 6-7kg de nourriture & d’eau, et 6kg pour le reste du sac à dos. (et le soleil tape)
Je parviens tout de même à atteindre le Col d’Eyne avant 16h30, et retrouve donc la frontière espagnole, où la brume est bloquée.

A 17h00, je suis au sommet du Pic de Noufonts (2851m). Un rapace se pose à quelques mètres de moi puis s’envole aussitôt : vautour, aigle, gypaète barbu ? Je n’ai eu le temps ni de déterminer son nom, ni de le prendre en photo.
Les crêtes sont superbes, et le paysage mi-soleil mi-brouillard ne fait qu’arranger les choses.




Plus j’avance, plus le ciel devient brumeux, mais pas de signe de pluie ou d’orage (je suis météorologue à mes heures perdues). Au loin j’aperçois deux petits lacs et des animaux qui broutent tranquillement : ce sont des isards.


Je croise ensuite un groupe de trois jeunes femmes avec de gros sacs à dos, et une bonne dose de bonne humeur.
La dernière me demande d’où je viens, puis si je suis passé par le Lac d’Estanyol.
Très bonne question, je lui montre donc sur la carte la position GPS où nous sommes, et le chemin du lac.
Elle me demande ce que je fais comme trajet, et me dit qu’elles ont croisé une fille plus tôt qui fait la même chose, dans le même sens que moi.



Elles repartent gaiement, moi de même, et ce sont les derniers humains que je croiserai pour la journée.
Pour compenser, j’aurai l’occasion de pouvoir discuter avec les isards, qui sont présents par dizaines, ou vingtaines, et peu farouches à l’heure de se rassasier.





Ensuite, je marche, je marche, le terrain est bien escarpé mais pas dangereux (par beau temps). Le ciel alterne toujours entre nuages et soleil, l’ambiance est magnifique. Je dévore les kilomètres à très bonne vitesse, car je sais que le chemin est long avant de trouver un coin plus plat pour me permettre de poser le camp.








Après avoir monté, descendu, remonté, redescendu et ainsi de suite pendant tout ce passage de crête, j’arrive vers 20h30 au Pic du Géant (2881m).
Je poursuis pour la dernière descente, jusqu’au point final de cette journée, le Col du Géant, où j’hésite à faire du cowboy camping.
Mais je n’hésite pas longtemps : mon sac à dos est déjà humide sur le dessus, ce sera donc montage de tarp, même s’il y a peu de coins plats herbeux assez grands. Au final je trouve un coin pas trop mal entre les cailloux.
A 20h58 le coin bivouac est trouvé, à 21h06 le tarp est installé, à 21h12 le couchage est en place : ah si seulement j’étais aussi efficace le matin !
L’humidité s’arrête finalement dans la nuit, chassée par le vent qui souffle très fort : l’avantage, c’est que le tarp sèche complètement.
Dedans je suis parfaitement protégé, mais quand je sors… Le vent est glacial.
Mais c’est peu étonnant : je suis à 2600m d’altitude sur un col désertique, sans le moindre arbre, sans la moindre roche permettant de couper le vent.
J’aurai une fois de plus la chance d’avoir le plus beau spectacle de la nuit : la voie lactée parfaitement visible. Il fera par contre trop froid pour rester sans bouger pour l’immortaliser en photo !
J’abaisse le tarp au plus bas, et tend bien les cordes, pour être parfaitement protégé pour la nuit.
Bilan de la journée : 28km
